C’est le son de l’agonie quand on se sent fondre…
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Elle avait une peau bleue pailletée et de grands yeux argentés, comme fait d’acier. Ses longs cheveux brins de lune semblaient ne jamais se laisser émouvoir ou mouvoir par le vent. Ils restaient toujours raides, comme collés, contre son corps nu de naïade polaire. Elle laissait ses pieds nus frôler la neige si tendre et si froide avec une joie jamais contenue. Elle dansait sur son iceberg gigantesque, ne rêvant à rien d’autre qu’à un hiver perpétuel. Mais son île n’était qu’un glaçon dans un martini : il viendrait à fondre. Elle avec lui.
Elle n’était qu’une petite fée nordique, un entité de glace et d’eau qui ne craignait de la vie qu’un rayon de soleil.
Un jour fatidique, en faisant le tour de son îlot en mouvement, alors qu’un vent glacial lui frappait l’échine avec délectation, elle aperçut, brillant dans la neige, se reflétant dans la glace : un escarpin en or pure. Un escarpin en or jaune, éblouissant. N’ayant jamais vu quelque chose d’aussi chaleureux, d’aussi tentant, elle vint se poser devint lui pour l’observer. Une lumière blanche l’auréolait. Elle ne vit pas le mal à l’enfiler.
Un phénomène bizarre se produisit. Le pied chaussé se réchauffa et la peau de la jeune nymphe devint progressivement de plus en plus rose, puis orange, puis rouge. Son sang fait d’eau s’évaporait, un soleil d’été se profila au dessus de son crâne fragile. Elle se laissa tomber sur sa neige chérie, espérant qu’elle aurait pitié de sa fille mais plus son corps reprenait des couleurs, plus elle savait. Elle savait qu’elle mourrait.
Autour d’elle sa demeure, son iceberg se fondait dans la mer tropicale qu’il atteignait. Elle avait quitté son pôle depuis trop longtemps. Son corps presque sans vie, glissa doucement dans l’océan. Une larme, un dernier cristal de glace, une dernière étoile des neiges, farda son visage autrefois froid. Elle s’enfonça dans la chaleur et son corps devint écume.